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Vents d'Est

Montanaro, l'homme des rencontres musicales et de l'échange, a sillonné la Hongrie pendant de nombreuses années, armé du galoubet-tambourin de sa Provence natale, d'un minuscule accordéon et de sa collection de flutes en tous genres, a la rencontre de la complexité des musiques de cette partie de l'Europe ou les frontieres des états traversent les groupes culturels, et ou les minorités sont la regle.

Il en a ramené un ensemble musical unique. Vents d'Est rassemble dans la musique des hommes et des cultures déchirés par la tourmente. Miqueu Montanaro : Vents d'Est est né de la volonté du public, pour feter mes dix ans de musique professionnelle en Hongrie. Des producteurs hongrois avaient eu l'idée de rassembler en un concert tous les musiciens qui avaient joué et tourné a l'étranger avec moi, en Hongrie ou en France mais aussi dans d'autres pays.

Entretien avec Miqueu Montanaro
Montanaro : Vents d'Est est né de la volonté du public, pour feter mes dix ans de musique professionnelle en Hongrie. Des producteurs hongroIs avaient eu l'idée de rassembler en un seul concert tous les musiciens qui avaient joué a l'étranger avec moi, en Hongrie ou en France, mais aussi dans d'autres pays.
A cette occasion on a rassemblé un groupe de musique slave du sud de Hongrie, Vujicsics, un groupe de musique hongroise, Teka, un pianiste de jazz qui s'appelle Szabados, Marta Sebestyen, la chanteuse hongroise la plus connue dans le monde du trad, Csabökri, violoniste, et Kisstamas chanteur de musique ancienne, du Moyen Age jusqu'au 18e siecle, avec lequel j'avais beaucoup tourné, et aussi un percussionniste, Peter Kardos.

La soirée s'est passée a Budapest, devant un peu plus de 1000 personnes. Six mois apres on a remis ça en enregistrant un disque en public. Finalement c'est ce L.P. public qui était prévu pour ne sortir qu'en Hongrie qui est tombé dans les mains de Bernard Mathonat et Jean-Louis Delage, qui dirigeaient le Centre d'Action Culturelle de Tulle. Ils ont flashé sur le disque et nous ont dit : "il faut amener ça en France". Au fil des rencontres beaucoup de musiciens ont changé, mais tout en gardant toujours la place, le rôle musical des premiers. C'est le concept de "musique ouverte".


Vents d'Est

Cette forme s'est avérée la plus stable et on va continuer comme ça parce qu'elle fonctionne bien. Vents d'Est, c'est la rencontre de plusieurs groupes préexistants : Vujicsics, un groupe qui joue la musique des minorités slaves de Hongrie, c'est-a-dire serbe, croate, bosniaque, mais aussi des musiques slaves qui n'existent qu'a l'état de "traces" en Hongrie, (façon de parler) comme la musique de Macédoine. Donc ils jouent ces musiques parce qu'ils sont originaires de villages serbes ou croates, et donc dans le groupe il y a des serbes et des croates, de Hongrie.

Les croates viennent du sud, de la région de Mohacs Pécs et les serbes de la région de Budapest, dans un petit village qui s'appelle Pomaz, village tres connu. Ce groupe, Vusjicsics, a fait un travail tres pointu dans la recherche musicologique, prospecté non seulement dans toute la Hongrie, mais dans toute l'ex-Yougoslavie. ILs sont les héritiers de Tihamer Vujicsics, qui avait déja fait un collectage tres impressionnant dans toutes les communautés serbes (ils ont pris le nom de leur maître comme nom de groupe), et qui les a formés a la musicologie et a la musique.

A partir de ce fond ils ont pris deux directions, d'abord le côté traditionnel le plus pur pour ce qui est de la danse, les accompagnements de mariages, et en meme temps la fonction spectacle, completement actuelle, sans non plus trop tomber dans le jazz ou dans la musique contemporaine. Ils restent traditionnels, avec une peche, une vivacité qui entraînent l'adhésion du public qui ne peut qu'avoir envie de danser, tout ça avec des arrangements tres travaillés. Leur tour de force a été de s'imposer comme un des meilleurs groupes de musique yougoslave, non seulement en Hongrie, c'est normal, ils étaient presque les seuls, mais dans toute l'ex-Yougoslavie. Que ce soit en Croatie ou en Serbie ou en Macédoine, ils font partie des groupes que l'on cite tout de suite des qu'on parle de bonne musique.
En meme temps, chacun des membres du groupe a une formation musicale tres complete, en général classique et jazz. C'est ce qui leur permet d'avoir le son Vusjicsics quand ils veulent, et de passer a un son tres jazz, ou alors jouer des pieces écrites classiques sans aucun probleme. Ce qui est tres utile pour Vents d'Est.

L'autre grande formation, c'est Ghymes. Ils jouent de la musique hongroise de Slovaquie, c'est leur carte de visite. Ils jouent aussi en Slovaquie de la musique slovaque quand l'occasion se présente, mais ils jouent a ce moment la avec un "deuxieme premier violon" slovaque, qui les entraîne dans une autre façon de sentir le rythme. Ils sont cinq, avec des personnalités tres différentes, les deux freres Szarka qui sont en meme temps de formation musique ancienne et musique traditionnelle, les deux freres Sujak qui sont plutôt jazz et musique traditionnelle, et le joueur de cymbalum qui lui est un batteur de rock : il était parti pour jouer du rock et a 16 ans ou 17 ans il a découvert le cymbalum. Il est passé du rock au cymbalum, et ça s'entend quand il en joue !

A l'intérieur de Vents d'Est, nous avons en permanence un métronome, la section rythmique de Ghymes. Andor, qui joue du Bratsch, Gyula, le contrebassiste, et le joueur de cymbalum ont ensemble une précision qui tient tout le reste, a n'importe quel tempo et a n'importe quel rythme, symétrique, asymétrique, il n'y a pas de probleme, ça ne bouge pas. C'est un élément clé. Ils touchent aussi bien le tout public, mais un public qui vient parce qu'ils ont en meme temps la force traditionnelle, et un esprit tres renouvelé : des gens qui viennent d'autant de musiques différentes ne peuvent pas oublier leur premiere formation, ça ressort sans arret. Il y a une peche d'enfer dans la musique de Ghymes.

On pourrait faire, on a fait une musique de spectacle, basée sur Vujicsics/Ghymes/Montanaro, sans chanteurs. Il y a ensuite tous ceux qui viennent s'ajouter a ces deux groupes : Serge Pesce, joueur de guitare accommodée, Fabrice Gaudé, le batteur percussionniste. Ça n'est pas évident d'entrer avec une batterie dans ce groupe, qui a déja une rythmique tres forte : il ne faut pas etre redondant avec le cymbalum, et trouver sa place. Ensuite, il y a Christine Wodrascka, qui est la troisieme pianiste qui a joué dans le groupe. Conduire un piano a l'intérieur de Vents d'Est, c'est comme avoir un semi-remorque dans un magasin de porcelaine !

Vents d'Est pour nous ça ne voulait pas dire seulement l'est, mais le vent d'est souffle partout. On a fait appel a une chanteuse kabyle qui s'appelle Hayet Ayad. Une voix totalement différente, qui m'avait touché. Actuellement, l'ensemble repose sur Vusjicsics/Ghymes/Montanaro et Hayet Ayad. Nous avons régulierement des invités : Christian Vieussens, qui a beaucoup marqué les musiciens, on parle souvent de sa présence, de sa facilité a improviser, et a réellement apporter une bonne peche au groupe. Mais nous avons aussi joué avec Alain Pennec, Soig Siberil, Frédéric Paris, Dominique Regeff et Christophe Sacchettini. Nos arrangements sont construits pour ouvrir la porte aux autres! Musique ouverte, j'insiste !

Le 29 mars, a Saint-Fons, le spectacle de Vent d'Est va se construire comme une mosaique montrant diverses musiques de l'Est. Les journées Européennes de St-Fons est un festival thématique qui s'ouvre cette année sur l'Est. Au début du concert, les musique seront plutôt traditionnelles : hongroises, slovaques, serbes, croates, macédoniennes, et ensuite viendra la partie création. On jouera mes compositions, plus spécialement Vents d'Est, celles du disque Migrations, certainement quelques unes de la Ballade pour une mer qui chante qui concernent Hayet, et ensuite, en espérant que les gens auront envie de faire la fete, nous chanterons ensemble puisqu'il y a un tres grand nombre de chansons de Vents d'Est qui ont été, finalement, apprises par le public. Chaque fois qu'on joue, on aime transmettre. Le concert devrait durer deux heures et demie.

Pour nous, un concert est réussi non pas quand les gens nous ont applaudis, mais quand ils ont été dans le concert, c'est-a-dire quand le public a été un des musiciens du concert. Je ne crois pas qu'il y ait de raisons pour qu'on s'arrete, si le lieu le permet, si les gens en ont envie, ça ne m'étonnerait pas qu'on pousse quelques petites danses derriere, pour finir dans la fete. Avis aux amateurs de danses des Balkans ! Pour le spectacle de St-Fons, on sera dans une vraie dynamique de groupe, puisqu'on aura fait 14 concerts juste avant en Hongrie et Slovaquie.